Ben oui, quoi, c'est son oeil ...
| Juillet 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | ||||||
|
||||||||||
c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant
elle."
Bienvenue dans mon petit monde, un monde de littérature, de poésie, d'art, de cinéma et d'enfance ...
C'est le même principe que le dernier exercice auquel j'ai participé mais cette
fois-ci ce ne sont plus des titres de Jonasz mais de Hubert-Félix Thiéfaine qu'il fallait caser , vingt parmi une liste de 35 !
Voici donc le résultat :
Elle errait depuis si longtemps qu’elle n’avait plus aucune notion du temps. Elle aurait aussi bien pu dire qu’elle était là depuis
542 lunes et 7 jours environ, cela aurait eu autant de sens pour elle. « Je ne sais plus quoi faire pour te décevoir ! » … elle ressassait ces paroles, les mâchait, les faisait
tourner, danser à l’intérieur de sa tête … le chant du fou, de la folle plutôt ! Elle se donnait enfin l’autorisation de délirer … La classait-on avec les dingues et
les paumés ? Probablement … Et alors, de toute façon, elle était maintenant comme en exil sur une planète fantôme … Elle s’arrêta de marcher un instant, regarda autour d’elle et aperçut au loin
la maison Borniol. Un rictus de dégoût déforma un instant son joli visage. Elle les méprisait tous autant qu’ils étaient, avec leur cancoillotte à la fin du repas, leur « à demain les kids » qui se voulait enjoué,
chaleureux et moderne ! Quand elle avait décidé de changer de nom, de n’être plus Noémie mais Lorelei sebasto cha, ils avaient ri … avaient pensé que c’était encore un de ses enfantillages … Ils
ne comprenaient vraiment rien … Ils l’avaient alors surnommée « la môme kaléidoscope » car ils la trouvaient décidément si difficile à
cerner. Cerner … C’était bien une idée à eux ça. Cerner, mettre dans une petite case et surtout que rien ne dépasse, que rien ne fasse tache. Ils lui avaient même proposé de passer un automne à Tanger avec eux… Mais que croyaient-ils donc … Que ça changerait
quelque chose ?
Elle s’aperçut qu’elle était maintenant tout près du cabaret Sainte-Lilith … Elle se souvint du pari fait avec ses amis les Alligators 427 d’arriver à la 113ème cigarette sans dormir ! Ils étaient dans un état qu’ils appelaient alors la rock autopsie ! Mais les alligators n’étaient plus là, ils l’avaient tous laissée tomber … Ca avait été sa première descente aux enfers par la face Nord. Mais il y en eut beaucoup d’autres, par tous les points cardinaux existants ou inexistants … Et là, elle était arrivée à la dernière station avant l’autoroute qui menait elle ne savait où. Elle attendait l’ascenseur de 22h43. Et elle monterait en haut, tout en haut. Et là, la tête dans les étoiles, les cheveux flottant, elle pourrait enfin rire et chanter ! Elle verrait en bas, si loin, la pauvre petite môme kaléidoscope, et elle lui crierait : « Lorelei, je t’en remets au vent !!! ».
La cariatide délivrée de Leonor Fini , peintre surréaliste que j'ai toujours beaucoup aimée pour son univers très personnel.
Mon petit Gus, qui a maintenant 6 ans m'a fauché mon appareil photo et s'est promené dans la maison en mitraillant. J'en ai sélectionné quelques-unes avec
lesquelles j'ai fait une petite mosaïque car j'ai trouvé qu'il portait un regard bien à lui sur le monde qui l'entourait et ça m'a plu !!!
Voici mon texte écrit à partir de l'exercice 66 d'écriture ludique. Il s'agissait d'écrire à partir de l'image de ces deux portes et d'insérer dix titres de chansons de Michel
Jonasz donnés.
Chaque matin en allant au lycée Sohann faisait un léger détour par la rue Paul Gauguin. Il aimait passer devant le cabaret tzigane dont le nom le faisait rêver. Il imaginait une belle Esmeralda
qui lui dirait en suppliant « J'veux pas qu'tu t'en ailles » alors qu'il lui répondrait d'un air nonchalant, « Tu sais poupée, y'a rien qui dure toujours ! ». Un petit sourire encore au coin des
lèvres, tout en chantonnant « en vl'à du slow, en vl'à », il se dirigeait ensuite vers la maison blanche, la maison aux deux portes. Là, il hésitait toujours un peu, osait un regard vers les
fenêtres, cherchait la fine silhouette aperçue voilà quelques mois ... cette silhouette androgyne qui le troublait tant. Puis il accélérait le pas pour ne pas être en retard. Il s'engouffrait
dans la salle de cours et tout en prenant des notes en élève sérieux qu'il était, une partie de son esprit restait devant ces deux portes à guetter, à espérer.
Mais ce jour-là, il avait en tête une phrase entendue par hasard à la radio le matin alors qu'il était encore en demi-sommeil : « Changez-tout ! ». Alors Sohann décida de modifier son rituel. Au lieu de suivre son petit itinéraire habituel, il avança un peu au hasard, presque en fermant les yeux et en tentant d'attraper au vol des bribes de conversation . « C'est comme ça à chaque saison qui passe ... » marmonnait une vieille dame en poussant son caddy écossais rempli de fruits et légumes. Il la suivit quelques mètres bercé par son murmure maintenant inintelligible. Il passa devant la terrasse d'un café où étaient attablés deux hommes qui parlaient fort d'une voix éraillée, une bière à la main. « 25 piges, dont 5 au cachot ! » s'exclama le plus jeune des deux en reculant sa chaise. Sohann accéléra le pas un peu impressionné. Il n'entendait plus à présent que le bruit des voitures qui accéléraient, freinaient ou klaxonnaient. L'idée qu'il devait se rendre au lycée n'était plus qu'une nébuleuse enfouie dans un coin de son cerveau. Il errait sans but, les sens toujours en éveil. Lorsqu'il s'arrêta de marcher, il réalisa que ses pas l'avaient tout naturellement conduit devant les deux portes de la maison blanche. Il alla sur le trottoir d'en face, s'assit sur une marche d'escalier et observa attentivement les deux portes. Semblables au premier coup d'œil, il s'amusa à déceler les infimes différences, comme lorsqu'il jouait au jeu des sept erreurs quand il était enfant et qu'il s'ennuyait chez sa mamie : les portes n'étaient pas exactement du même bois, celle de gauche était zébrée d'une profonde rayure, les escaliers n'avaient pas la même couleur ... Une voix un peu tremblante l'interrompit dans son petit jeu : « De l'amour qui s'évapore, comme ça, mais ça n'existe pas ... ». Il tourna la tête vivement et, bouleversé, aperçut à deux pas de lui, cramponné à son portable, l'inconnu dont il n'arrivait à dire s'il était homme ou femme. Il recula légèrement, le vit ouvrir la porte de droite puis disparaître dans la grande demeure. Sohann ferma les yeux pour retrouver le visage délicat, les lèvres fines, le regard outremer brouillé de quelques larmes, ce corps enveloppé d'un grand imper gris sombre ... Il regarda à nouveau devant lui sentant les battements de son cœur s'accélérer et ses cils se gonfler de larmes. « Alors c'est ça le blues, pensa-t-il ». Des sensations contradictoires l'envahissaient et il ne savait qu'en penser. Une envie incontrôlable d'ouvrir cette porte et de voir ce qui se cachait derrière ses murs s'imposa à lui. Pourquoi deux portes jumelles pour une seule maison ? Qui était-il, ou qui était-elle ? Pourquoi cette impression d'immuabilité et d'éternité lorsqu'il était ici... C'était comme s'il était en présence de la vie sans mort. Comme c'était étrange, comme c'était doux aussi de penser à lui, tel un ange gris. Allait-il sortir démon par l'autre porte ? Il imagina ses lèvres sur les siennes, légères comme une caresse, ailes de papillon frémissantes. Il reviendrait demain devant ces deux portes, puis le lendemain encore et peut-être qu'un jour il aurait le courage de lui parler, peut-être ...
Je continue ma petite anthologie des textes qui m'ont marquée. Pour le rivage des Syrtes, j'ai presque pris une page au hasard tellement ce livre est beau. Julien
Gracq nous entraîne dans un monde oppressant entre rêve et réalité, entre vie et mort.
" Un faible et profond murmure entrait par les fenêtres, peuplait maintenant le silence revenu et faisait vivre sourdement autour de nous la chambre vide. L'espace que je sentais se creuser
derrière moi me pesait ; je me levai d'un geste nerveux et marchai vers l'une des hautes baies ouvertes. La lune s'était levée. Le dôme des vapeurs s'élevait au-dessus de la lagune. Sur le front
de mer, les premières façades de Maremma, blanchâtres et serrées, sortaient vaguement de l'ombre. La musique s'était tue dans les salons et une rumeur plus lointaine immobilisait ces faces de
pierre. La flèche des sables fermait l'horizon d'une barre noire ; par la passe ouverte, les rouleaux de vagues gonflés par la marée déferlaient en paliers phosphorescents de neiges écumeuses, en
degrés démesurés qui semblaient croûler théâtralement par saccades du coeur même de la nuit. Un crissement solennel montait des sables, et, comme la frange du tapis qui déborde d'un escalier de
rêve, une nappe aveuglante venait se défroisser à mes pieds mêmes sur les eaux mortes.
Je sentis à mon épaule un léger contact, et, avant même de retourner la tête, je sus que la main de Vanessa s'y était appuyée. Je demeurai immobile. Le bras qui me frôlait
tremblait de fièvre, et je compris que Vanessa avait peur."
Avec mes petits élèves de moyenne section (4 ans), nous avons réalisé cette production collective en nous inspirant du tableau de Kandinsky : Étude De Couleurs,
Carrés Avec Des Cercles Concentriques.
Cela leur a fait penser à des escargots (il faut dire qu'en ce moment nous sommes un peu monomaniaques avec notre élevage d'escargots. si si, même que nous
avons plein de bébés qui sont nés ! La preuve : là, vous pouvez les voir sortant juste de la terre où l'escargot avait pondu. C'est rigolo !
fin de la digression escargots ...)
Aujourd'hui, je voulais vous faire partager un gros coup de coeur blogguesque et poétique, le blog sketchbook d'Alexandre Kha :
(Alexandre, si tu ne veux pas que je mette de copie d'écran, dis-le moi, je l'enlèverai)
J'aime beaucoup sa façon de dessiner, c'est drôle, tout en finesse, léger, poétique, tendre ou féroce, grave ou onirique ... Bref, j'adore ! C'est un univers très particulier
et attachant à découvrir, vraiment.
Et puis, si vous revenez dans quelques temps, vous verrez que la série que vous avez savourée a disparu ... mais est remplacée par une autre tout aussi savoureuse ! Allez, cliquez :
ici et vous m'en direz des nouvelles (j'espère !).
Commentaires