Voici donc un autre Yoko Ogawa que
je viens de finir. Il s'agit de l'histoire d'une jeune femme qui vient faire le ménage et aider un professeur de mathématique, affaibli et prématurément vieilli par un accident de voiture
survenu il y a dix-sept ans. C'était alors un universitaire brillant mais sa carrière a été brutalement interrompue car depuis l'accident, sa mémoire n'a plus qu'une autonomie de
quatre-vingt minutes, ce qui signifie concrètement que chaque matin, le professeur redécouvre son aide-ménagère comme si c'était la première fois. Il ne se sépare donc jamais de sa veste où sont
épinglées quantité de notes plus ou moins jaunies qui lui servent de mémoire. Mais, alors qu'il s'était réfugié avec les chiffres, ses amis de toujours, voilà que des liens très forts vont se
créer entre le vieil homme et Root, le jeune garçon d'une dizaine d'années de son aide-ménagère autour des mathématiques et du base-ball (si si, ils sont apparemment très fans de ce sport au
Japon). Par une écriture très simple, subtile et délicate, Yoko Ogawa nous livre à la fois cette relation d'amitié inter-générationnelle et la fragilité émouvante de cet homme. Certes, les
formules mathématiques qui jalonnent le livre peuvent surprendre ou laisser perplexe mais ce sacré professeur parvient à nous en faire ressentir l'étrange poésie.
Même si ce livre m'a un peu moins transportée que Parfum de glace du même auteur pour lequel j'avais déjà fait un article,
j'ai été très sensible à cette histoire et à cetta atmosphère.
Un extrait :
" Root dressait la tête à hauteur du bureau un peu trop haut pour lui et serrait son crayon tout mordillé au bout. Le professeur avait les jambes croisées, détendu, et
regardait le bout de ses doigts en passant de temps à autre la main sur sa barbe naissante. Il n'était déjà plus un vieil homme fragile, ni un savant abîmé dans ses réflexions, mais le protecteur
légitime d'un petit être. Leurs profils se rapprochaient, se superposaient, formaient une seule ligne continue. J'entendais, mêlés au bruit de la pluie, le frottement du crayon sur le papier ou
le claquement du dentier du professeur.
- Est-ce que je peux écrire la formule? A l'école, le maître se fâche si on ne le fait pas tout le temps.
- C'est un drôle de maître pour se fâcher alors qu'on fait tellement attention à ne pas se tromper, hein ?
- Hmm, bah ... 110 multiplié par 2 égale 220. On le soustrait de 380 ... ça fait 160 ... Alors 160 divisé par 2 ... 80. J'ai trouvé ! 1 mouchoir coûte 80 yens !
- C'est bien, c'est la bonne réponse.
Le professeur a caressé la tête de Root qui se laissa ébouriffer les cheveux en levant plusieurs fois les yeux vers lui, comme s'il ne voulait pas manquer son visage réjoui."

Voilà encore un livre qui m'a envoutée dès les premières pages. Une histoire comme je les aime, où les héros partent du monde bien réel pour pénétrer peu à peu un univers fantastique. Nous suivons donc l'histoire de deux personnages un peu paumés qui, indépendamment, vont se ressourcer dans une forêt mystérieuse et magique où règne un éternel crépuscule, où le temps se déroule beaucoup plus lentement que dans le monde réel, ou tout semble paix, silence et douceur. Mais ce monde enchanté de Tembreabrezi semble en danger et plus périlleux qu'il n'y paraît. Hugh, héros balourd mais pur et innocent, va donc revêtir le rôle du héros, du Messie. L'histoire se déroule lentement et j'ai beaucoup aimé l'atmosphère régnant dans cet univers, le sentiment intense de bien-être du début puis l'inquiétude qui s'immisce peu à peu.
Je suis dans ma période japonaise ... Voici donc un petit livre à l'écriture limpide et toute simple (bien que truffée de mots en référence à la philosophie zen... Heureusement pour ceux comme moi qui n'y connaissent rien, il y a un petit lexique bien utile à la fin !). L'histoire, comme le titre l'indique bien, nous parle d'un garçon qui tout jeune, parce qu'il a suivi son père à des séances de zazen (méditation zen), veut devenir moine zen. Il paraît cependant bien étrange car à côté de cela il est un peu voyou et voleur. Nous n'en saurons pas beaucoup plus sur ses motivations car, et c'est ce qui est intéressant, nous suivons les pensées de son père qui ne comprend pas tout. Cette décision va petit à petit bouleverser sa vie (celle du père) et ses relations avec le reste de la famille. Il faut dire que moine zen, c'est "pire" que carmélite chez les catholiques ! Le jeune ne voit plus sa famille, il est adopté par d'autres personnes membres du monastère (les parents signent un acte d'abandon ...). Nous voyons donc que le père ne maitrise pas grand chose, il subit plutôt avec étonnement et ses certitudes vont vaciller peu à peu puis sombrer dans le doute et le chaos...
Voici un livre grinçant, burelesque, terrible, poétique, cruel. On y retrouve les personnages chers à Tim Burton, petits frères d'Edward aux mains d'argent ou de Jack (de l'étrange Noël de Mister Jack). On y lit de courts récits/comptines/poèmes. L'éditeur a eu la bonne idée de mettre face à face le texte original et la traduction. Moi qui suis nulle en anglais, j'ai pris plaisir à lire les textes originaux, très courts et simples, qui sont moins tarabiscotés que la traduction et d'autant plus forts.
Orion est un adolescent âgé de treize ans. Il est tout chambardifié par les rayons du démon de Paris ce qui peut l’amener à être violent. A l’hôpital de jour, Véronique devient sa « psycho-prof un peu docteur » et petit à petit, elle fait connaissance avec le monde d’Orion et son langage si particulier : l’enfant bleu, l’île Paradis numéro 2, les dictées d’angoisse, les trois cents chevaux blancs de la Vierge de Paris, le cri de la petite fille sauvage … Nous suivons cette relation thérapeutique et amicale sur une dizaine d’années au moins. Véronique ressent très vite le talent artistique d’Orion et l’entraîne dans cette voie ; il aura par la suite sa carte de visite : « Orion, artiste peintre et sculpteur ».
Je continue dans mes petits préférés de mon adolescence (et plus !) et il y a bien sûr le grand Boris Vian, l’écrivain, le trompettiste, le poète, le pataphysicien, le chanteur, le zazou, …que j'ai découvert pour la première fois en troisième, tiens, avec la même prof que celle qui m'a fait découvrir Antigone ! Vive l'éducation nationale ! Je suis entrée dans son oeuvre en lisant, comme beaucoup, l'Ecume des jours, oeuvre poétique s'il en est ! C'était la première chose de ce genre que je lisais et j'en suis restée émerveillée :
le pianococktail, Isis Colin Chloé et Chick, le nénuphar de Chloé, les doublezons, Chloé arrangée par Duke Ellington, le suicide de la souris la tête dans la gueule du chat qui laisse traîner sa queue sur le trottoir alors qu'arrivent "en chantant, onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique", Colin qui se taille les paupières en biseau "pour donner du mystère à son regard" ...
Je voudrais aujourd’hui écrire quelques mots sur Antigone, un personnage qui m’a toujours fascinée. Une prof, lorsque j’étais en troisième, nous avait fait découvrir l’Antigone d’Anouilh et cela a été un de mes premiers coups de foudre littéraires.
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